La mise à jour qui a failli coûter cher
La semaine dernière, un client est entré dans l’atelier avec son portable Asus ouvert sur un écran noir. « Bruno, j’ai fait la mise à jour comme tu m’as dit, et maintenant ça ne démarre plus. » Je lui ai demandé ce qu’il avait fait. Réponse : « J’ai lancé sudo apt upgrade et j’ai dit oui à tout. » Et oui, ça arrive plus souvent qu’on ne le pense.
Linux Mint, c’est solide, mais comme tout système, une mise à jour mal gérée peut tout faire planter. Surtout si on clique sur « Oui » sans réfléchir, ou si on saute des étapes. Depuis quelques mois, avec la sortie de Linux Mint 22 et les paquets qui évoluent, les mises à jour sont encore plus fréquentes. Et si on a un peu de matériel spécifique (un vieux chipset Intel, une carte graphique Nvidia, ou même un SSD avec un firmware capricieux), les risques augmentent.
Alors, comment faire ? Voici ce que je dis à mes clients.
Pourquoi une mise à jour peut tout faire planter
Linux Mint utilise des dépôts officiels bien testés, mais il y a toujours des cas particuliers. Une mise à jour peut :
- Remplacer un pilote graphique par une version moins stable.
- Casser la compatibilité avec un logiciel tiers (un driver imprimante, par exemple).
- Déséquilibrer les dépendances si on a ajouté des PPA (les dépôts externes) sans précaution.
- Rendre le système instable si la batterie est faible ou si l’ordinateur redémarre pendant l’opération (oui, ça arrive aussi).
Et parfois, c’est encore plus bête : un dist-upgrade lancé sans vérifier l’espace disque, et hop, le système se retrouve à court de place en plein milieu de la procédure. Sur un vieux portable avec un SSD de 128 Go, c’est un classique.
Le problème, c’est que Linux Mint, comme toute distribution, push des mises à jour pour corriger des failles de sécurité ou améliorer des fonctionnalités. Ignorer ces mises à jour, c’est prendre des risques. Mais les accepter sans filtre, c’est jouer à la roulette russe.
La méthode sûre pour mettre à jour
D’abord, une règle d’or : ne jamais lancer une mise à jour en mode graphique si on n’est pas sûr de ce qu’on fait. L’outil graphique de Mint est simple, mais il cache les détails. Et c’est dans les détails que se nichent les problèmes.
Voici comment je procède, étape par étape.
Vérifier l’état actuel du système
Avant de toucher à quoi que ce soit, on commence par faire un bilan. Ouvrez un terminal (Ctrl + Alt + T) et lancez :
sudo apt update && sudo apt list --upgradable
Cette commande rafraîchit la liste des paquets disponibles et affiche ce qui peut être mis à jour. Si vous voyez des paquets marqués held back ou des avertissements en rouge, c’est qu’il y a un soucis à creuser avant d’aller plus loin.
Un autre réflexe : vérifier l’espace disque. Un df -h dans le terminal vous donnera la place disponible sur chaque partition. Si votre / est à plus de 90% d’occupation, c’est qu’il faut faire du ménage avant de lancer quoi que ce soit.
Faire une sauvegarde, toujours
Je le répète à chaque client, et pourtant, la moitié d’entre eux l’oublient : sauvegardez vos données avant une mise à jour majeure. Pas besoin d’une solution compliquée. Un simple rsync vers un disque dur externe ou une clé USB fait l’affaire.
Exemple de commande pour copier son dossier personnel (/home/nom_utilisateur) sur un disque monté en /media/bruno/backup :
rsync -a --progress /home/nom_utilisateur/ /media/bruno/backup/
Si vous utilisez Timeshift (un outil de snapshot intégré à Linux Mint), c’est encore mieux. Une restauration prend 10 minutes si jamais ça tourne mal.
Mettre à jour par étapes, pas tout d’un coup
Les puristes diront qu’il faut toujours faire un sudo apt update && sudo apt upgrade en une seule fois. Moi, je conseille de procéder par paliers, surtout si la liste des mises à jour est longue.
D’abord, on met à jour les paquets de sécurité avec :
sudo apt upgrade --only-upgrade-from-level=security
Cette commande ne touche qu’aux correctifs de sécurité, souvent plus critiques et mieux testés. Si tout va bien, on passe à la suite.
Ensuite, on lance un sudo apt upgrade classique, mais sans le -y (le flag qui dit « oui à tout »). Pourquoi ? Parce que si un paquet demande de remplacer un fichier de configuration, il faut pouvoir dire non. Par exemple, si vous avez personnalisé votre /etc/fstab pour monter un disque réseau, une mise à jour pourrait vouloir écraser ce fichier. Sans -y, on vous proposera de garder votre version.
Enfin, pour les mises à jour majeures (comme le passage de Mint 21 à Mint 22), il faut utiliser sudo apt dist-upgrade. Cette commande gère les changements de dépendances entre les paquets, mais elle peut aussi supprimer des logiciels obsolètes. Là encore, lisez bien les messages avant de valider.
Redémarrer et tester
Une fois les mises à jour installées, redémarrez. Oui, même si Linux Mint n’a pas toujours besoin de redémarrer après une mise à jour, mieux vaut le faire pour être sûr que tout est stable.
Au démarrage, vérifiez que :
- Vos périphériques (imprimante, scanner, clé USB) fonctionnent toujours.
- Votre connexion Wi-Fi ou Ethernet est opérationnelle.
- Vos logiciels tierces (Steam, LibreOffice, etc.) s’ouvrent sans erreur.
- Le son et la vidéo marchent correctement.
Si quelque chose ne va pas, ne paniquez pas. Vous avez votre sauvegarde. Et si vous n’avez pas de sauvegarde… eh bien, c’est le moment de revenir à l’atelier.
Ce qu’il faut éviter absolument
Il y a des erreurs que je vois passer régulièrement. En voici une liste non exhaustive.
Ne pas mélanger les dépôts. Si vous ajoutez des PPA (des dépôts externes pour installer des logiciels non officiels), assurez-vous qu’ils sont compatibles avec votre version de Mint. Un PPA conçu pour Ubuntu 24.04 peut casser un système sous Mint 22. Pour supprimer un PPA douteux :
sudo add-apt-repository --remove ppa:nom-du-ppa
Ne pas ignorer les avertissements. Si un message vous dit : « Ce paquet va remplacer /etc/apt/sources.list », c’est qu’il y a un risque. Prenez le temps de lire.
Ne pas lancer de mise à jour sur batterie. Un PC portable peut s’éteindre pendant la procédure, et là, c’est la cata. Branchez-le, toujours.
Ne pas utiliser sudo apt full-upgrade à la légère. Cette commande est encore plus agressive que dist-upgrade et peut supprimer des paquets essentiels. Réservez-la aux cas où vous savez exactement ce que vous faites.
Et si ça ne marche plus ?
Même en suivant toutes ces précautions, les choses peuvent mal tourner. Voici ce que je recommande.
Si le système ne démarre plus : Insérez une clé USB de Linux Mint (celle que vous avez utilisée pour l’installation) et démarrez en mode live. Vous pourrez accéder à vos fichiers et les sauvegarder. Ensuite, essayez de réparer le système avec sudo fsck pour vérifier le disque, ou en réinstallant les paquets cassés avec sudo apt --fix-broken install.
Si un logiciel refuse de s’ouvrir : Essayez de le réinstaller avec sudo apt install --reinstall nom-du-logiciel. Si le problème persiste, vérifiez les dépendances avec sudo apt-get check.
Si le Wi-Fi ou le son ne fonctionne plus : C’est souvent un problème de pilote. Sur Mint, le gestionnaire de pilotes (Driver Manager) permet de revenir à une version précédente. Ouvrez-le depuis le menu et voyez si une mise à jour a installé un pilote instable.
Si vraiment rien ne va : Restaurez votre système avec Timeshift ou réinstallez Linux Mint à partir de votre sauvegarde. Oui, c’est radical, mais parfois, c’est la seule solution.
Mon conseil en tant que pro
Linux Mint est une distribution stable et bien conçue, mais elle n’est pas magique. Une mise à jour, c’est comme une révision de voiture : si vous ne savez pas ce que vous faites, mieux vaut faire appel à un professionnel.
Personnellement, je conseille à mes clients de :
- Mettre à jour leur système une fois par semaine, pour éviter une accumulation de paquets obsolètes.
- Faire une sauvegarde complète une fois par mois (ou plus souvent si vous travaillez avec des fichiers sensibles).
- Éviter les PPA inutiles. Si un logiciel n’est pas dans les dépôts officiels, demandez-vous s’il vous est vraiment indispensable.
- Utiliser Timeshift pour créer des snapshots avant chaque mise à jour majeure.
Et surtout, ne pas paniquer. Même si votre écran affiche des erreurs incompréhensibles, il y a toujours une solution. Linux est un système ouvert, et la communauté est immense. Entre les forums officiels de Mint, Ask Ubuntu ou même les groupes Facebook de passionnés, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous aider.
Mais si vous préférez éviter les prises de tête, passez à l’atelier. On a l’habitude.